Notice sur la baronnie de Crézecques

Louches - Tour du guet (Base mémoire)

Introduction rédigée principalement à partir des informations publiées par J. de Pas dans sa Statistique Féodale de Saint-Omer (1924).

Cette seigneurie était l’une des neuf baronnies mouvantes de la châtellenie d’Ardres. Elle était située principalement sur la paroisse de Louches.

Les barons de Crézecques jouissaient alternativement des droits honorifiques en l’église de Louches, à savoir, ledit seigneur de Crézecques, les années paires, et le seigneur de Saint-Martin les années impaires. Il n’existe pas de mention de seigneur de Louches car les habitants de cette paroisse n’étaient assujettis à aucun des droits seigneuriaux suivants : droits de moulin, four banal, garenne, mesurage, ni foire ni marché, et par suite aucun droit de tonlieu, de ferrage ou de champart.

Néanmoins, le registre du revenu de l’église de Louches de 1646 consigne les droits du seigneur de Crézecques à se dire seigneur et fondateur de l’église de Louches. De plus, en 1698, dans le détail de l’étendue du bailliage d’Ardres, le nom de la comtesse de Rothelin, baronne de Crézecques, est indiqué comme seigneur de la paroisse de Louches.

Seigneurs et barons de Crézecques

1. Famille de Crésecques

L’ancienne famille de Crésecques, éteinte vers 1500 dans celle de Croÿ, possédait la seigneurie de Crésecques, aujourd’hui Crecques, près de Thérouanne. Les mentions suivantes montrent cependant qu’elle avait des biens à Louches et dans les paroisses voisines. J’ignore si cette famille tire originellement son nom de Crézecques (en Louches) ou de Crecques (près Thérouanne), et si elle a donné son nom à l’une de ces deux localités.

Au mois d’août 1248, Robert de Crésecques, chevalier, engage au prévôt de l’église de Saint-Omer, toutes ses dîmes à Louches, Nielles, Autingues et Ardres (L.-E. de La Gorgue-Rosny, Recherches généalogiques…, tome I, 1874, page 439).

Décembre 1257 : Robert, chevalier, seigneur de Crésecques, donne à l’abbaye de Licques et pour la fabrique d’une chapellenie en icelle, toutes ses dîmes à Nielles, Louches, Autingues et Ardres qu’il avait retirées au chapitre de Saint-Omer (L.-E. de La Gorgue-Rosny, L’état ancien du Boulonnais, 1873, page 187).

Il semble s’agir de la même personne que Robert de Crésecques, chevalier, sénéchal du royaume de Jérusalem, tué en 1269 dans une embuscade près d’Acre.

2. Famille de Courteheuse

Armes : « D’or à une croix de gueules », ou  « D’argent à la croix anchrée de gueules » (1).

Source principale :  Bibliothèque de Lille, manuscrit 295 : Floris Van der Haer, Généalogies de Flandre et d’Artois, tome III (XVIIe siècle).

La famille de Courteheuse a possédé les baronnies du Val en Surques et de Crézecques. Elle a pris ou donné son nom à un fief situé à Louches, tenu de la seigneurie de Sept-Fontaines (2).

  • Guillaume de Courteheuse, dit le Grand (3e fils d’Ancel, seigneur de Courteheuse, et d’Isabelle Tourment), nommé capitaine du château de la Montoire par le duc de Bourgogne en 1408. Marié avec Agnès de Dixmude (alias de Donquerre). D’où :
    • Guillaume, dit le Petit, qui suit.
    • Jeanne de Courteheuse, mariée avec Georges d’Ardres.
    • Chrétienne de Courteheuse, mariée avec Jean de La Cressonnière.
  • Guillaume de Courteheuse, dit le Petit, seigneur de Crézecques et de Cocove, seigneur de Moyecque (1466). Mort à la bataille d’Enguinegatte, le 7 août 1479 (L.-E. de La Gorgue-Rosny, Recherches généalogiques…, tome I, 1874, p.427). Marié avec Alix de Licques. D’où :
  • Georges (alias Jean) de Courteheuse, chevalier, seigneur de Crézecques et de Wavrans. Il hérite de feu Jacques, son frère, le fief de Moyecque en 1473 (Jacques, qualifié 2e fils de Guillaume, avait payé le relief pour ledit fief à la châtellenie de Tournehem en 1470). Marié en 1489 à Boulogne avec Jeanne d’Anvin de Hardenthun. D’où :
  • Jean de Courteheuse, seigneur de Crézecques et de Moyecque, fiefs qui furent hérités vers 1520 par son cousin Guillaume d’Ardres.

3. Famille d’Ardres

Armes : « D’argent à l’aigle de sable membrée et becquée de gueules » (3).

Voici la liste chronologique des membres de cette famille ayant possédé la baronnie de Crézecques. Je n’ai pas été en mesure de prouver la filiation, donc il est possible que le successeur d’un précédent seigneur soit son frère ou son neveu (notamment à la génération de Guillaume, Jacques et François d’Ardres, qui sont très rapprochés).

  • Georges d’Ardres, marié vers 1430 avec Jeanne de Courteheuse. Il pourrait s’appeler Jean et non Georges, d’après la mention suivante : vente en 1436 d’une terre à Leulinghem-lès-Etrehem par Jean de Sainte-Aldegonde « à Jean Dardre le jeune et Jeannet sin fils issus de Damlle Jeanne Courteheuse » (A.D. du Nord, manuscrit B16.053).
  • Jeannet (mentionné ci-dessus) pourrait être le même que Jean d’Ardres, qui comparaît en 1474 pour des fiefs tenus de la châtellenie de Saint-Omer, et qui est qualifié seigneur de Crézecques en même temps que ses cousins Courteheuse.
  • Guillaume d’Ardres est l’héritier de Jean de Courteheuse, seigneur de Moyecque et Crézecques, vers 1520.
  • Jacques d’Ardres est qualifié seigneur  de « Querzecques » en 1537.
  • Antoine d’Ardres (sans doute fils de Flour et de Jeanne Clabaut (6)), chevalier, seigneur de Crézecques et Vercourt, bailli d’Ardres, signataire de la Ligue en 1576, allié avec Marguerite de Marsilly, d’où trois filles :
    • Louise d’Ardres, fille aînée, mariée par contrat du 24 mai 1612 (7) avec Gabriel de Pierrevive, chevalier de l’ordre du Roi, baron de Lezigny et de la Queue en Brie. Le 27 septembre 1612, Louise d’Ardres a bénéficié d’une donation de son père portant sur la totalité de ses « biens meubles, acquêts et conquêts immeubles ».
    • Françoise d’Ardres, dame de Crézecques, alliée par contrat du 1er décembre 1611 (8) avec Philippe de Biencourt, chevalier, seigneur de Poutrincourt, fils aîné de Jacques et de Renée de Fumechon. Philippe est mort le 14 octobre 1626.
    • Marguerite d’Ardres, dame et baronne de Crézecques, morte en 1637, alliée le 14 août 1612 avec Charles de Biencourt (9)frère cadet de Philippe. Charles de Biencourt était conseiller et maître d’hôtel ordinaire du Roi, chevalier de son ordre, écuyer de la Grande Ecurie et commandant son Académie.

4. Famille de Biencourt

Voir La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la noblesse, tome XV (ou 3e supplément), Paris, 1786, pages 84-87.

La baronnie de Crézecques est restée dans la famille de Biencourt jusqu’à la Révolution. Après la mort de la comtesse de Rothelin, c’est la branche de Poutrincourt qui hérita de Crézecques.

Notamment, le 2 décembre 1765, Michel-Charles-Louis de Biencourt de Poutrincourt (né le 20 février 1732), a rendu foi et hommage au roi, en sa chambre des comptes de Paris, de la baronnie de Crézecques, près Ardres.

Le 6 février 1784, c’est Charles-Louis de Biencourt de Poutraincourt, grand-bailli d’Ardres, baron haut justicier de la baronnie de Crézecques-lez-Louches en Ardrésis, qui a rendu un aveu et dénombrement de ce fief (cf. ci-dessous).

Fiefs mouvants de la baronnie de Crézecques, d’après l’aveu de 1784

Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans la liste de fiefs ci-dessous sont tirées de « l’aveu et dénombrement de la baronnie de Crézecques », rendu par Charles-Louis de Biencourt de Poutraincourt, grand-bailli d’Ardres, le 6 février 1784 (Archives Nationales, Q1 906).

  • Bailleul (à Louches) : « Maistre Henry-Joseph Blanquart, seigneur de Septfontaines, tient en fief foy et hommage un fief et noble tenement nommé Bailleul. » (article n°16)
  • Beque (à Landrethun-lès-Ardres) : « Marie-Adrienne Queval, veuve Fr. Guillebert….. dix mesures de terre au terroir et dîmage de Landrethun , nommées fief de la Beque » (article n°32)
  • Berthem (à Louches et Zutkerque) : fief divisé
    • « Ant.-Jos. de Roghes, seigneur de Combremont, Héricourt, Lianne, fils et
      héritier de dame Marie-Th. Ampleman d’Héricourt…. fief de Bertehem »
    • « J.- Bte. Canin, seigneur de Wissocq, et, en partie de Bertehem, héritier de
      François Canin, acquéreur de Lecafette, sr de Lianne, fils de dle L.Fr. de Roubion, tient en un fief noble un éclissement du fief de Bertehem. »
    • « Le sr Charles Francoville et ses enfants qu’il eut de feu Marie-Jeanne Hochart, acquéreurs de Jean Raymond Caniac et Antoinette Hochart, fille d’Antoine Hochart et d’Anne Braure, acquéreurs de Jacques-Alexandre de Cavelier…. éclissement du fief de Berthem que tenait jadis Antoine d’Audenfort. »
  • Le Bisvel ou Bisvet (à Zouafques et Louches) : « P.-M.-Ant. d’Ampleman, seigneur de Wolphus, Ampleman, la Cressonnière… le Bisvet. » (Dénombrement du fief d’Ampleman, 1789, Archives Nationales, Q1 906)
  • Bouchard (à Louches) : « fils de Charles Joseph Ignace Le Febvre écuyer sgr de Halles (appelé le Sr Lefebvre) pour le fief Bouchard. » (article n°21)
  • La Cuve (à Louches) : « Sr Ampleman » (article n°9)
  • Ecueil (à Louches) : « Jean-Bapte-Joseph Le Camu, sr de Warner tient en fief et hommage un fief et noble tenement nommé Ecueil, séant aud. village de Louches. (…) Terres tenant vers nort à la rue d’Ecueil conduisant du chemin de Leulène à la chapelle St Louis …  »
  • L’Epine (près d’Ardres) : « H.-J. Blanquart, seigneur de Sept-Fontaines, tient du Baron de Crésecques un fief et noble tenement nommé l’Epine, à cause duquel il a vassaux tenanciers au lieu nommé L’Epine, traversé par le chemin anglais de Tournehem à Guisnes. » (article n°17)
  • Glameur (à Ardres) : fief divisé
    • « Le sr d’Auchel, fils de dame d’Auchel, soeur et héritière de dame Madeleine-Charlotte-Thérèse-Armande de Mauser, tient deux esclicements du fief Clameur. »
    • « La fabrique de l’église de Saint Omer tient un esclicement du fief Clameur. »
    • « L’hôpital Saint-Nicolas des pauvres d’Ardres tient un esclicement dud. fief
      Clameur. »
  • Lionnel (à Louches) : « Louis Bomble, fils Jean… fief Lionnel. » (article n°22)
  • Le Merle (à Ardres) : « Le Couvent des Carmes de la ville d’Ardres » (article n°18)
  • Morin (à Louches) : « enfants de Joseph Etienne Marcotte sgr de Noyelles, fief Morin s’étendant sur quatre mesures de terres. » (article n°25)
  • Parmentier (à Louches) : « François Achille Maxime de Wissocq et Marie Anne Antoinette Codron sa femme (…) Ledit Sieur de Wissocq fils de François tient en fief foy et hommage un lieu manoir amazé de maison et autres bâtiments séant audit Louches, contenant une demy mesure nommé le fief Parmentier listante vers midy et aboutante vers orient à la rue qui conduit de l’Eglise de Louches à Saint Martin, vers nord audit Sieur de Wissocq, vers occident au sept quarterons que ledit Seigneur Baron de Crezeques tient de Courteheuse pour quoy le dit Sieur de Vissocq doit audit Seigneur Baron de Crezeques six sols parisis de relief en changement d’homme » (article n°24)
  • Rusquehem : [Le Sr Donjon, seigneur de St Martin en Louche, de Rusquehem et de la baronnie de Balinghem]
  • Volga : « Philippe-François et André-Joseph des Enfans, éc. sr de Hondrecoutre »

Notes :

(1) Sceau d’Ansel de Courteheuse, écuyer, en 1383 (Clairambault n°2903).

(2) Ou de la baronnie de Balinghem, car il y a un aveu du 24 juillet 1508, par Ernoult Courteheuse au baron de Balinghem pour le fief de Courteheuse, à Louches.

(3) Antoine d’Ardres, écuyer, seigneur de Crézecques, écartelait ces armes de celles de Courteheuse.

(4) Née vers 1530, fille de Pierre de Chépoix, seigneur d’Eulles, et de Jeanne de Rubempré. Pierre était le frère de Méry de Chépoix, seigneur de Clerques, Wissocq et Bonningues.

(5) Antoine d’Ardres, chevalier, baron de Crézecques, était tuteur des enfants mineurs de François d’Ardres, chevalier, seigneur de Fécamp, héritiers de la dame de Deuillet.

(6) En effet, je lis dans Rosny : « Les héritiers Jeanne Clabaut, fief à Vercourt ». Or cet Antoine d’Ardres était seigneur de Vercourt.

(7) Archives Nationales, Y 152, Registres des insinuations du Châtelet de Paris (1608-1615), fol. 387, Notice n° 6237 : « Gabriel de Pierrevive, chevalier de l’ordre du Roi, baron de Lezigny et de la Queue en Brie, et Louise d’Ardres, sa femme : contrat de mariage par lequel Antoine d’Ardres, chevalier, seigneur et baron de Crezecques, père de Louise d’Ardres fait donation à sa fille d’une maison à Paris rue des Poulies appelée l’hôtel de Cipierre, d’un lit monté, de vaisselle d’argent et de tapisseries. » 

(8) Archives Nationales, Y 152, Registres des insinuations du Châtelet de Paris (1608-1615), fol. 124, Notice n° 5992 : « Philippe de Biencourt, chevalier, seigneur de Poutrincourt, et Françoise d’Ardres : contrat de mariage. Par ce contrat Philippe de Biencourt déclare posseder les terres de Poutrincourt, Saint-Mauvis, Fresneville, Epaumesnil, appartenances et dépendances et Antoine d’Ardres, chevalier, baron et seigneur de Cresecques, père de Françoise d’Ardres promet de donner à sa fille une maison aux faubourgs de Paris, hors la porte de Saint-Germain des Prés, appelée l’hôtel de Champrenard et une rente de 3000 livres tournois. » 

(9) Charles se remaria par la suite en 1635 avec Gabrielle de Pluvinel, d’où Charles II de Biencourt, auteur de la branche de Poutrincourt, qui héritera de Crézecques après la mort de la comtesse de Rothelin. Au 17e siècle, le quint de Crézecques était revendiqué par la famille de Belloy de Landrethun.

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