Lien de parenté entre Charles de Raincourt et Jean d’Audenfort

Plusieurs actes du Gros de Saint-Omer mentionnent un certain Charles de Raincourt, demeurant à Montcornet, « pays de France », entre 1609 et 1611 (1).

En particulier, un acte de reconnaissance du 18 novembre 1610 mentionne « Jehan Daudenfort, son neveu, demeurant à Nordausques » : quelle est la nature du lien de parenté entre Charles de Raincourt et Jean d’Audenfort ?

Un premier indice est fourni par l’acte de vente du 15 mai 1610, qui nous apprend que Charles de Raincourt était procureur spécial de « Damlle Marie Le Pourques, veuve de feu Franchois de Raincourt », son père.

« Marie Le Pourques » est en réalité « Marie de Poucques », dont le contrat de mariage avec François de Raincourt est daté du 16 mai 1575 (2) : « Comparurent en leurs personnes nobles hommes : François de Raincourt escuier seigneur dudit lieu, Gouverneur de la baronnie de Montcornet pays de Rehelois, accompagné de Philippe de La Glizeulle seigneur de Saint-Marceau sur le Mont… et [Nicolas] de La Glizeulle seigneur de Ville ses neveux d’une part (3) ; et Jean de Poucques aussi escuier seigneur de Plouy et Damoiselle Marie de Poucques sa fille, qu’il dit de defuncte damoiselle Anne d’Assignies, sa première femme, assisté et accompagné de Messire Anthoine d’Assignies, chevalier, seigneur de Wivier, d’Allouaigne, Jacques d’Assignies seigneur dudit lieu, Pierre d’Assignies seigneur de La Haye, oncle et grand-oncle maternels de la dite demoiselle Marie d’autre part. »

François de Raincourt était veuf en premières noces de Marie de Croÿ, fille naturelle de Philippe II de Croÿ, duc d’Aerschot, qu’il avait épousée par contrat du 13 février 1561, passé au château de Landenbourg, près de La Vère (4) : « Par devant nous les notaires publiques admiz et approuvés : ensemble les tesmoings ci-dessous escripdz, son comparus en leur près personnes le Sieur François de Raincourt, accompagné de Monseigneur Hyronisme de Rolle et de Mons Michiel Brodard, maistres d’hotel de noble Seigneur Jan de Bourgogne seigneur de Froidmont, Han-sur-Sambre, etc., d’une part ; Et demoiselle Marie de Croy, fille naturelle de feu Messire Philippe de Croy, chevalier de l’ordre de la Thoyson d’or, duc d’Archost, et accompaignée du dit noble et illustre seigneur Monseigneur de Froidmont, etc… et de Noble et Illustre Dame, dame Loyse de Croy, marquise douairière de la Vère, sa compaigne d’autre part. »

Les alliances avec des bâtardes de haut lignage étaient une sorte d’habitude dans cette famille, car François de Raincourt était lui-même fils de Nicolas de Raincourt et de Madeleine de Luxembourg, fille naturelle de Charles de Luxembourg, évêque de Laon (5).

Revenons à Marie de Poucques, la mère de Charles de Raincourt. D’après les actes du Gros de Saint-Omer, cette dernière avait des intérêts dans la paroisse de Nordausques, où vivait également Jean d’Audenfort, ce qui constitue une piste de recherche à privilégier.

On a vu dans le contrat de mariage de 1575 que Marie était la fille de Jean de Poucques, seigneur du Plouy ; or ce dernier est cité dans le rôle du centième d’Artois de 1569 pour la paroisse de Nordausques, ce qui confirme l’implantation locale de cette famille (6) : « Gilles Hellebert tient en louage de Jean Poucque le manoir et censse au prez de l’église contenant lxxij mesures tant pattis prez et terres à labeur… » ; « Jean du Camp tient en louage de Jean Poucque le manoir et censse du val contenant vixx x mesures tant pattis prez jardin à fruicts terres à labeur en plusieurs pièces tant zut que nort de la rivière fluant de Tournehen au Wroillant… »

La famille de Poucques possédait également à Nordausques un fief nommé « Monecovedal », pour lequel on trouve un rapport rendu au roi le 5 janvier 1629 par Philippe de Raincourt, frère de Charles (7) : « Phles de Rincourt, esc. sr dud. lieu, le Ploich, fils aisné et principal hér, de feue damlle Marie de Poucques, tient un fief et noble tellement cy-devant acquis par Ernoult Joires de Josse de Monchy (8), avecq autres biens et terres séans au terroir de Nordausques et pays environ, par contract passé par devt m. et esch. de la ville de Tournehem le 25 août 1541, se consistant led. fief en cincq mesures de terre à labeur séans en une pièce au terroir de Nordausques, au lieu nommé Monecovedal, about. d’oest au chemin d’Ardres, etc… duquel fief en at esté donné rapport à sa Majté le ve jour janvier 1629 par led. Phles de Rincourt. »

Ainsi, les fiefs de la famille de Raincourt à Nordausques, hérités de la famille de Poucques, proviennent originellement d’Ernoult Joires, qui en avait fait l’acquisition le 25 août 1541.

D’après le Terrier de Tournehem (9), Ernoult Joires, seigneur de Serigneunel, a fait rapport à la châtellenie de Tournehem le 16 juillet 1543 pour 7 fiefs : « l’un près Nordausque, acquis de nob. hom. Josse de Monchy, Sr de Guembergue, par lui éclipsé de son fief du Ploys, un autre acquis dud. Josse, 2 autres à Zuanéque, acquis de Jacques de Fontaines, de Jaques Bouchier, 3 autres à Zuanéque, à Recq et à Guémy, venant de Dle Marie Loys, qui fu sa femme. »

Quel lien peut-on établir entre Ernoult Joires – parent maternel de Charles de Raincourt à Nordausques – et Jean d’Audenfort, demeurant également à Nordausques ?

Cette parenté provient de la seconde épouse de Jean d’Audenfort, Jeanne de La Rue, qui était fille de Guillaume de La Rue et de Françoise Joires. Voici l’extrait du contrat de mariage entre ces derniers (10) : « Contract de mariage en parchemin du 21 May 1575, de Guillaume de la Rüe, Escuyer, sieur de Villers, fils unique de défunt Guillaume de la Rüe, Escuyer, demeurant au village de Clenleu en Boullenois, & de Damoiselle Blanche de Groseliers, assisté de noble homme Nicolas de la Rüe, Lieutenant Particulier de la Sénéchaussée de Boullenois, son oncle, de Jean de la Rüe, Escuyer, sieur de la Mothe, & de Loüis de la Rüe, Escuyer, sieur de Hericourt, ses cousins, avec Damoiselle Françoise Joyres, assistée de Jacques Joyres, & Damoiselle Isabeau-Marie Baude, ses père et mère, d’Antoine Joyres, homme d’armes, son oncle, de Nicolas de Lattre, Escuyer, sieur de Beauprey, mary de Damoiselle Marguerite Joyres, son beau-frère. Passé pardevant Jean de Leaüe, & Jean Courteret, Notaires à Montreuil, signé le Bon & Courteret. »

En synthèse, le lien de parenté entre Charles de Raincourt et Jean d’Audenfort vient du fait que Marie de Poucques, mère du premier, et Françoise Joires, belle-mère du second, étaient proches cousines par Ernoult Joires, seigneur du Plouy à Nordausques en 1541. Les détails de ce cousinage restent néanmoins à préciser (11). Il serait intéressant d’établir également le lien entre Jean de Poucques et les autres Poucques (alias Pocque) du Boulonnais et du pays de Licques.


Notes :

(1) Transport n°37 du 20 juin 1609, vente n°29 du 15 mai 1610, reconnaissance n°16 du 18 novembre 1610, promesse n°4 du 23 mars 1611.

(2) Revue historique du plateau de Rocroi, 1928, p. 669.

(3) Philippe de La Glizeulle, seigneur de Saint-Marceau-sur-le-Mont, et Nicolas de La Glizeulle, seigneur de Ville, étaient les enfants d’Antoinette de Rost et de Nicolas de La Glizeulle, lequel était le demi-frère de François de Raincourt (fils de Jean de La Glizeulle et de Madeleine de Luxembourg, mariée en secondes noces avec Nicolas de Raincourt). Cf. Revue historique du plateau de Rocroi, 1934, p. 704-706 ; et Philippe Seydoux, Gentilhommières et maisons fortes en Champagne: Marne et Ardennes, 1997, p. 172.

(4) Revue historique du plateau de Rocroi, 1934, p. 732.

(5) Revue historique du plateau de Rocroi, 1934, p. 706.

(6) Arch. Pas-de-Calais, 2 C 1569/52 – Nordausques, p. 123 du registre, vue 11/23.

(7) Justin de Pas, Statistique Féodale de Saint-Omer, vol. 1, 1924, article « Monecovedal » (source : Reg. aux Fiefs. Arch, St-O. AB. XII, 5, f° 103 v°.).

(8) Josse de Monchy, écuyer, seigneur de Quembergue, a relevé en 1541 un fief à Nordausques comprenant sept mesures, appelé le Ploich, venant de messire Antoine de Fertin, son grand-père.

(9) L.-E. de La Gorgue-Rosny, Recherches généalogiques sur les comtés de Ponthieu, de Boulogne etc., rééd. 1974, Éditions du Palais royal, p. 233.

(10) Preuves de noblesse d’Antoine de La Rue, sieur du Rozoy, et de François de La Rue, sieur du Hamel, par Bignon, le 18 janvier 1706.

(11) Jean de Poucques et Jacques Joires, tous deux mariés vers 1550, semblent appartenir à la même génération : s’agit-il de petits-fils d’Ernoult Joires, qui était veuf de Marie Loys en 1543 ? Curieusement, aucun Joires n’apparait à Nordausques dans le rôle du centième d’Artois de 1569, où on les retrouve dans la paroisse d’Audrehem – comme si l’héritage d’Ernoult Joires était passé en totalité à la famille de Poucques.

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